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Autocensure

D'un geste rageur il éteint la radio.
Non, je vais être honnête, quoique... je ne sais pas si c'est une question d'honnêteté, mais il faut que je vous dise que c'est moi, qui éteint la radio, c'est pas il ou lui, c'est Je. Donc Moi.
D'un geste rageur, je éteins la radio. Voilà, je préfère. Lui pas, mais je m'en fou. Et croyez moi, c'est mieux comme ça, pour tout le monde.


Imaginez ce que celà aurait donné. Moi, j'ose pas imaginer. Et lui non plus d'ailleurs.
Rendez vous compte que si j'écris, il éteint la radio d'un geste rageur, le filtre de l'autocensure est inexistant.
Il peut commencer à dire n'importe quoi. En plus il éteint la radio d'un geste rageur.
Sous entendu qu'il doit être en train de couver une colère noire et explosive.


Au fil des mots, on va vite se rendre compte que le texte peut basculer dans la grossierté la plus immonde. Et toutes ces grossiertés écrites pour ensuite être lues, ne seront jamais répétées, car le bon sens interdira à chacun de le faire, pour ne pas discréditer le plaisir de lire un bon roman.
Bon, vous me direz que je me la pète, quand je dis que j'écris un roman.


Oui, je sais, pour l'instant je n'ai écris qu'une phrase : d'un geste rageur il éteint la radio.
Ce fait, en fait, ne regarde que lui. Moi, pour ma part, j'ai quand même écris 18 lignes, oui, j'ai compté, ne vous en déplaise.
Et ceci pour essayer de sauver la suite du texte. Pour que ce dernier puisse être lu le soir, entouré de coussins avec une bouillotte au fond du lit, et juste se sentir bien, juste passer un moment calme et paisible.


Comme je le disais cessament sous peu, 18 lignes plus haut, je ne sais pas si c'est de l'honnêteté, en tout cas, moi, j'y vois un geste citoyen digne de reçevoir des palmes académiques.


Comment ça, vous êtes pas d'accord ?!?!


Mais bordel, merde à la fin, vous voulez quoi ? Ne me dites pas que ça ne vous dérangerait pas de lire un roman ou l'on trouverait toutes les deux lignes des insanités.
Non, croyez-moi, bordel, c'est mieux comme ça, merde, c'est moi qui éteint la radio. J'installe ainsi ce fameux filtre de l'autocensure. Et lui, après avoir éteint la radio, il a qu'a se barrer ailleurs.
Bordel, merde alors, j'ai pas raison ? En plus, si c'est un sous-dimensionné des neurones, on aurait eu droit qu'à des trucs du genre : bordel, merde.
Ah non, ça je n'aurais pas supporté, bordel, faut pas déconner, merde.

Un sujet intéressant

Il y a un sujet dont on ne parle pas souvent. C'est bien dommage. Mais c'est comme ça.
Je vous en aurais bien touché un mot car je trouve le sujet très intéressant, je dirais même très enrichissant.

Mais voilà, avec les temps qui courent, je ne sais pas si c'est adéquat de toucher un mot.
On nous dit de garder nos distances, alors toucher un mot...
Et je me rends compte en même temps que si je vous en touche un mot, ce serait dénigrer ce sujet qui justement ne se limite pas à un mot. Du coup, je devrais toucher tout un tas de mots, ce qui engendrerait un risque accru quand à la diffusion de ce sujet, qui je vous le rappelle n'est pas discuté souvent.

Et si je fais ça, ce ne serait plus un sujet dont on ne parle pas souvent, c'est un peu comme le serpent qui se mord la queue.
Un éternel recommencement. Certains avanceront l'idée de carrément ne plus jamais en parler pour régler le problème. D'autres au contraire se pencheraient plus sur une certaine discrétion pour en parler. Du genre discussion sous le manteau, en chuchotant.

Pour ma part je trouve cette solution dangereuse.
un sujet intéressant qui plus est enrichissant discuté en quatimini au coin d'une ruelle sombre un soir d'hiver ou les seuls qui pourraient capturer des bribes de la conversation seraient les flocons de neiges virevoltants par un vent glacial, attirerait automatiquement la curiosité des gens mis à l'écart de la discussion.

Et qui dit mise à l'écart dit suspicion, jalousie. Tout ça ménerait à une guerre de voisinage qui se transformerait vite en guerre civile.

Non, il est préférable de se tourner vers la première solution. C'est à dire de ne plus jamais en parler.
C'est plus simple et un sujet comme ça a tout à y gagner.

Des fois on cause, on cause de tout et de rien, des sujets de conversation peuvent durer des heures alors qu'en deux minutes on aurait pu en faire le tour.

C'est pour ça que ce sujet intéressant et enrichissant, on en parle pas souvent.
Pour qu'il garde sa dimension exceptionnelle.
Je parle, je parle et le temps passe, je crois que je vais m'arrêter là avant d'être hors sujet.
C'est vrai quoi, il y a tellement de sujets plus intéressants.

Comme si c'était hier

C'était il y a longtemps, en même temps, j'ai l'impression que c'était hier. En fait l'histoire que je vais partager avec vous n'en est pas une. C'est une suite d'événements qui, lorsqu'ils sont disposés dans le bon ordre, autant verticalement qu’horizontalement, forment un souvenir.

Un souvenir qui donne, de par sa fraîcheur et ses détails précis une impression de : Comme si c'était hier.

Donc hier...pour vous mettre dans l'ambiance je dirais plutôt :
Donc hier après-midi...et je pourrais même rajouter le fait qu'il faisait beau. Tout ça pour l'ambiance, ça ne sert à rien, c'est juste pour l'ambiance.

Donc hier après-midi, première journée ou le soleil se montrait à son avantage, je me promenais au bord du lac – ce qui sous-entend que j'étais à pied car si je vous avais dit : Je me promenais sur le lac, vous m'auriez imaginé en bateau, ou déguisé en Jésus.

Donc hier, au bord du lac je me trouvais et profitais de cet après-midi ensoleillé.

Quand je dis : Je me trouvais au bord du lac, ce n'est pas que j'étais perdu. Quand bien même, si cela avait été le cas, je me suis retrouvé.

Donc hier, après une matinée ou l'on devinait qu'une belle après-midi allait apparaître,je me suis retrouvé au bord du lac ou je me suis rendu compte qu'on était déjà aujourd'hui et que je te racontais ce que j'avais fais hier.

Comme si c'était hier, facile à dire, facile de faire avec, mettre les situations, les événements, les lieux ou ça m'arrange, comme ça m'arrange.

Et dire . Je m'en rappelle comme si c'était hier.

En fait, l'histoire que je voulais partager avec vous, je ne m'en rappelle plus, ça fait trop longtemps. J'ai juste un vague souvenir que c'était une matinée froide et pluvieuse.
J'attendais le télésiège.

Mais bon, ça c'est une autre histoire.

L'épicerie du coin

Il pleut. Il fait froid. Cela n'a pas d'importance pour la suite, c'est juste pour créer l'ambiance. Il vient de se lever, et se dirige vers la salle de bain, avant de se mettre au travail.
Aahh j'ai bien dormi, un petit passage à la salle de bain et je me mets au boulot.

Il aime bien prendre une douche le matin, ça l'aide à réfléchir.
Rien de tel pour se mettre les idées en place qu'une bonne douche le matin. J'adore ça.

Cela faisait à peine trois minutes qu'il était sous la douche qu'une idée apparut.
J'ai trouvé. Aujourd'hui, j’écris un roman.
Ni une, ni deux, en cinq sept, il était prêt.
Voilà, je suis prêt. Allons-y.

La porte se referme en actionnant une petite clochette. Il faut dire que l'épicier est un peu sourd. Ça aussi ça n'a pas d'importance, c'est juste pour dire qu'il est arrivé à l'épicerie. Il se dirige directement vers le comptoir. Et c'est en ôtant son bonnet qu'il salue l'épicier. Oui, rappelez vous, au début, pour l'ambiance, il pleut, il fait froid.

L'épicier l'accueille en lui demandant ce qu'il pouvait faire pour lui.
Bonjour Monsieur, que puis-je faire pour vous ?

Aujourd'hui j'écris un roman, j'aurais donc besoin, dans un premier temps de deux ou trois personnages. Qu'avez-vous à me proposer ?

L'épicier donnait l'air d'être embarrassé. En ouvrant son agenda, comme pour appuyer ce qu'il allait dire, il le regarda fixement dans les yeux, tout en lui montrant du doigt les dates de la semaine.
Mon pauvre Monsieur, je suis embarrassé, vous tombez mal, regardez, cette semaine c'est le congrès mondial des personnages de romans. J'y ai envoyé tout mon stock. Et comme cette année le congrès se déroule à Acapulco, même les personnages de roman à l'eau de roses sont de la partie.

Il me reste bien deux ou trois personnages de série B, mais si vous voulez écrire un roman, je ne sais pas trop si cela pourrait vous convenir.

L'épicier lui proposa de revenir à la fin du mois, comme ça il pourrait profiter du large choix de personnage de roman à sa disposition.

Car du choix, il en avait quand son stock était présent. Des petits, des grands, des cons, même des petits cons, des étrangers, des polyglottes, des qui ne parlent qu'en « Ils » et d'autres qu'en « Je », Il en a même un qui ne parle qu'en « On ». Un peux plus chers quand même.

Écoutez, revenez à la fin du mois, j'aurais plus de choix.
En attendant, vous ne voulez pas écrire un poème ?
J'ai des rimes en action.

C'est quoi un écrivain ?

Un écrivain, c'est qui ? Je devrais dire, c'est quoi ? Ou plutôt un écrivain, il faisait quoi ?

Monsieur, monsieur !
Oui Sylvie ?
Monsieur, c'est quoi un écrivain ?
Mais Sylvie, c'est quoi un écrivain, on s'en fout ce que c'est qu'un écrivain, y'en a plus, ce qui est important c'est ce qu'il faisait.

Monsieur, monsieur !
Oui Sylvie... ?
Monsieur, il faisait quoi un écrivain ?
Mais Sylvie, tu ne vas pas m'interrompre toutes les deux secondes, avec tes questions. C'est justement le sujet du cours d'histoire d'aujourd'hui : La disparition des écrivains au 21ème siècle.
Cela fait maintenant 750 ans que le dernier écrivain recensé a rendu son dernier roman avant de rendre son dernier soupir.

Monsieur, monsieur...
Oui Sylvie...
Monsieur, c'est quoi un roman ?
Mais Sylvie, c'est quoi un roman, on s'en fout ce que c'est qu'un roman, y'en a plus depuis 750 ans, mais bon si tu veux, un roman, on pourrait dire que ça devait être un peu comme tes lentilles virtuelles que tu utilises le soir pour t'endormir.

Ou j'en étais moi ?...Ah oui, il y a 750 ans, un épisode à première vue anodin va précipiter la fin des écrivains. En effet le puissant syndicat de la ponctuation décida de se mettre en grève. Au début, sans se poser de questions, les points d'interrogations furent les premiers à suivre l'ordre de grève.

Monsieur, monsieur,...
Oui Sylvie...
Monsieur, c'est quoi une grève ?
Mais Sylvie, c'est quoi une grève, on s'en fout ce que c'est qu'une grève, y'en a plus depuis longtemps des grèves.

Bon, Sylvie tu arrêtes avec tes questions, et revenons à nos moutons !
Monsieur, monsieur,...
Non Sylvie, on s'en fout ce que c'est qu'un mouton, y'en a plus des moutons, mais c'est pas possible, elle va me rendre chèvre !!!
Monsieur, monsieur, une chèvre, je sais ce que c'est. Ca ressemble à un mouton.
Monsieur, monsieur, dessinez moi un mouton.

Tout ceci pour dire que si le temps change les choses, les choses ne change pas tant.
Des écrivains y'en aura toujours même si il n'y en a plus.

Note de l'administration du lycée : Les cours d'histoire sont momentanément annulés, le professeur en charge ayant été admis d'urgence en asile psychiatrique.

Histoire sans verbe

Au bas d'un escalier, en colimaçon
Un portail noir, en fer forgé
Une fleur de lys comme décoration
Ouvert sur une terrasse ombragée

Au centre un platane, imposant
5 tables, 8 chaises,
Autour de deux bancs,
Un petit parasol, beige

Une fin de matinée paisible,
La chaleur du chant des oiseaux.
Le bruit des pas sur le gravier blanc.
Légers, en même temps hésitants.
Les oiseaux, invisibles
Car tout à coup silencieux.

Sur une petite table, un cendrier.
Au centre, un vase avec trois roses.
Deux roses roses et une rose noir
Dans le cendrier, 4 mégots et une cigarette.
Les cinq avec du rouge à lèvres.
La fumée verticale suspendue, comme le temps.
Deux sets de table avec chacun,
Un couteau une fourchette
Une cuillère, une serviette.

Dans le cendrier, une dernière cigarette et 5 mégots.

Un bruit de pas sur le gravier.
Trop loin pour le silence des oiseaux
Oui, volontier un troisième café
Dans le cendrier 6 mégots

Un après-midi paisible
Un premier lapin
Triste mais prévisible
Peut être demain

Sur la table, un café,
Noir comme le portail
Des pétales de roses éparpillés
Noir comme son moral

Sur le gravier blanc
Un bruit de pas
Léger, chancelant
Le portail, l'escalier en colimaçon
Quelle journée à la con !

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